On ne touche pas à Léonard !

On ne touche pas à Léonard !

En mars 2007, un sénateur italien a fait un truc assez rocambolesque pour un élu de la république : il s'est enchaîné aux grilles de la galerie des Offices, un des musées les plus prestigieux de la ville de Florence.

Paolo Amato, est arrivé avec une chaîne, des cadenas, une pancarte et des citoyens florentins en colère pour protester contre une décision du ministre de la Culture de l'époque qui voulait prêter le célèbre tableau de l'Annonciation de Léonard de Vinci au musée national de TokyoLes raisons de ce prêt sont assez floues et semblent plutôt diplomatiques qu'artistiques.

Alors là, en Italie, c'est la guerre, on ne touche pas à Léonard !

Plus de 300 personnalités signent une lettre de protestation collective. Le directeur des Offices lui-même s'oppose publiquement au projet. Et Paolo Amato, donc, s'enchaîne aux grilles pendant que de l'autre côté, les équipes du musée emballent tranquillement le tableau dans trois couches de protection pour l'acheminer vers l'aéroport.

Le directeur des Offices refuse ostensiblement d'assister au départ. Selon lui, et tous les opposants au projet, ce déplacement est une hérésie. Il y a de grands risques que le tableau soit endommagé pendant le déplacement ou même pendant l'exposition au Japon. Le moindre changement de pression ou de composition de l'air peut altérer une oeuvre d'art de manière irreversible.

En plus une loi italienne votée en 2004 interdit en principe le prêt d'œuvres jugées essentielles à un musée. Paolo Amato résumait la situation ainsi : "C'est comme envoyer la Joconde pour promouvoir les fromages français."

Mais le ministre de la Culture n'en a rien eu à faire, quand il s'agit de relations internationales et peut être d'intérêts commerciaux ou diplomatiques, plus rien n'a d'importance. Donc le tableau part quand même pour le Japon.

Ce que je trouve vraiment fascinant dans cette histoire, c'est que ce tableau de L'Annonciation a passé 400 ans dans un obscur monastère de campagne florentin attribué à quelqu'un d'autre, et son attribution à Léonard repose sur beaucoup de suppositions (j'en parle ici). Pourtant en 2007, des gens s'enchaînent à des grilles pour lui.

C'est ça la puissance d'un récit bien installé.

Une fois qu'on a décidé qu'un tableau est un chef-d'œuvre absolu, qu'il porte le nom d'un génie et qu'il incarne l'identité d'un peuple entier, les questions sur les fondations de cette conviction deviennent presque indécentes à poser. La partenité est admise, il s'agit maintenant de la défendre !

Bon, le tableau est tout de même revenu intact de Tokyo. Merci quand même aux opposants dont la pression a peut être poussé à une extrême prudence pendant ce voyage.

L'Annonciation est maintenant de retour au musée des Offices de Florence. 

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