Peindre le doute de Dieu
L'incrédulité de Saint Thomas est un tableau de Caravage peint en 1601 qui représente une scène biblique particulièrement intéressante : un apôtre qui vérifie que le Christ n'a pas menti sur sa résurrection.
Cette scène est rapidement survolée en quelques versets succints dans la Bible. Aucun contact physique n'est explicitement mentionné et Saint Thomas s'excuse très vite au Seigneur dans une posture de repentir.
Il veut tout de suite se faire pardonner d'avoir osé douter. Parce que douter et croire, ce sont 2 verbes fort peu compatibles comme Jésus lui même le rappelle d'ailleurs à son disciple Thomas, à la manière d'une bonne leçon : « Parce que tu m'as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu. »
Donc ce que Caravage fait dans ce tableau, c'est une petite révolution vis à vis du texte sacré. Il le réinterprète, il le pousse un cran plus loin et il matérialise cette audace intellectuelle dans le doigt de Saint Thomas qui s'enfonce dans le flanc de Jésus.
Dans la Bible Thomas est l'apôtre faible, celui dont la foi a flanché et qui demande honteusement pardon à son Dieu. Caravage renverse complètement cette lecture. Il transforme Saint Thomas en le héros de cette scène. Il devient l'homme sceptique, celui qui a eu le courage de demander des comptes à son dieu.
Et ça autant vous dire qu'il y a 400 ans, ça a fait du bruit ! Introduire le doute dans la foi (visuellement l'introduire même !) et le faire de manière si crue, dans un cadre très humain dépourvu de toute marque du divin, c'est très osé.
Ce tableau est hyper intéressant à bien des niveaux, il ouvre un abîme de questionnement concernant le corps de Jésus, l'émergence de la science et la place du doute dans la pratique religieuse.
Pour moi il est un des fiers représentants de ce moment charnière de l'histoire de l'humanité où les hommes ont commencé à douter de leurs mythes fondateurs. Il est la douce mise en avant de la machine de la science, de la rationalité et du doute. Une machine qui se transforme de plus en plus en rouleau compresseur. Pour le meilleur, ou pour le pire ? Je vous laisse en juger.
À bientôt.