Collection: Le Cours de l'Empire

5 tableaux pour représenter le cycle de vie entier d'un Empire. De sa création, à son inévitable effondrement.

Le Cours de l'Empire raconte, en 5 tableaux qui se succèdent comme les actes d'une tragédie, la naissance, l'apogée et la chute d'un empire imaginaire. Le cycle se concentre sur une cité bâtie au bord d'un fleuve, dans un paysage qu'on reconnaît d'un tableau à l'autre malgré les siècles qui semblent s'écouler entre chacune des scènes de cette série.

Ce qui pique l'intérêt, dans cette œuvre, c'est le moment où elle a été peinte : il y a 200 ans dans une jeune république américaine en pleine expansion, convaincue de sa propre grandeur et des heures glorieuses qui l'attendent. Et bien un jeune artiste vient annoncer, sans détour, que rien dans l'histoire humaine, pas la moindre civilication n'a jamais échappé à ce cycle implacable. Je n'extrapole pas du tout, le message de Thomas Cole visait, de façon à peine voilée, l'Amérique dans laquelle il venait d'immigrer.

Ce cycle est l'une des méditations les plus sombres jamais peintes sur l'avenir d'une nation qui, à l'époque, se croyait pourtant promise à un avenir sans limites.

D'ailleurs, en regardant ces tableaux vous vous rendrez compte qu'ils dépassent largement le cas américain du XIXe siècle. Ils s'adressent à n'importe quelle civilisation suffisamment sûre d'elle-même pour se croire à l'abri du sort qu'on suivit toutes celles qui l'ont précédée.

En 1833, le riche marchand new-yorkais Luman Reed commande à Thomas Cole un cycle de cinq tableaux destinés à la galerie d'art aménagée au troisième étage de sa propre demeure. Reed voulait constituer l'une des premières collections d'art américain digne de ce nom. En effet à cette époque, les artistes du pays peinaient encore à rivaliser avec les maîtres européens. En tout cas dans l'esprit collectif.

Mais l'histoire en a décidé autrement car Reed meurt en juin 1836, juste avant que Cole ne termine la dernière toile de son cycle. La série sera exposée à New York plus tard cette même année et saluée par un succès critique important.

La vision de Reed va se concrétiser après sa mort car sa collection va devenir le noyau fondateur de la New-York Gallery of the Fine Arts. Un peu triste de penser que l'homme qui avait voulu ce cycle pour son salon privé n'a jamais pu contempler, dans son intégralité, la méditation sur la chute des empires qu'il avait lui-même mise en mouvement. On en profite à sa place.

Le titre du cycle est tiré d'un vers du philosophe irlandais George Berkeley, écrit en 1726 : « vers l'Occident, le cours de l'Empire poursuit sa route ». À l'origine, ce vers célébre sans réserve l'expansion de la civilisation occidentale vers le Nouveau Monde.

Thomas Cole choisit ce titre pour le détourner. Plusieurs historiens de l'art identifient dans le cycle une critique à peine voilée de l'Amérique jacksonienne. Une période marquée par une foi quasi illimitée dans l'expansion démocratique et économique du pays.

Si vous regardez attentivement le tableau de l'Apogée, vous y apercevrez une figure impériale juchée sur un char tiré par un éléphant. Appremment ce serait une allusion au président Andrew Jackson lui-même, perçu par l'artiste comme un démagogue porté au pouvoir par les passions populaires plutôt que par la raison.

À une époque où l'avenir des États-Unis semblait à beaucoup sans limites, Cole choisit de rappeler que toutes les civilisations antérieures ont cru la même chose, juste avant de s'effondrer.

Si vous regardez le tableau de la Destruction, vous allez surement penser à l'œuvre de John Martin également présente sur Melanchromia. Effectivement Cole partage avec son contemporain britannique un goût pour les scènes de désolation à grande échelle. Même si les deux peintres vivent à la même époque, ils travaillent indépendamment l'un de l'autre.

La vision que ces 2 artistes partagent semble + philosphique qu'historique. Thomas Cole dans son Cours de l'Empire développe l'idée que la décadence n'est pas un accident isolé propre à Rome ou à n'importe quel autre empire particulier. C'est une loi générale, qu'on pourrait quasiment qualifiée de mécanique, à laquelle aucune civilisation, pas même la toute jeune Amérique, ne pourrait raisonnablement prétendre échapper.