Au premier coup d’œil sur ce tableau, on a tous le même constat assez étonnant : Courbet n’a presque rien peint. Pas de ville, pas de bâtiment, pas de scène de plage, pas de bateau au premier plan, pas de personnage secondaire. Presque aucune anecdote à raconter.
Il y a la plage, la mer et le ciel.
C’est tout… et ça fonctionne.
Le Musée Fabre décrit justement cette composition comme trois grands bandeaux de matière colorée : l’ocre de la plage, le bleu-vert de la mer et le bleu plus pâle du ciel. Et dans ce tableau, Courbet travaille directement la matière, parfois au couteau, et laisse les couleurs et les empâtements construire l’espace plutôt que de multiplier les détails. C’est vide, brut et saisissant.
Et il y a surtout la petite silhouette à gauche.
Elle est minuscule et pourtant, une fois qu’on l’a remarquée, on ne voit plus qu’elle. Et à ne pas s’y tromper, elle joue un rôle majeur : sans cet homme, nous verrions simplement une plage, une mer et un ciel. Avec lui, nous comprenons soudain à quel point cet espace est immense.
Le personnage lève le bras et semble saluer la mer.
Cet homme est le seul élément vertical, tendu et droit. Il se tient debout, la tête haute. Tout le reste est plat, horizontal, y compris le mouvement des vagues.
On ne sait d’ailleurs pas avec certitude s’il s’agit de Courbet lui-même ou de son mécène Alfred Bruyas, qui lui a commandé ce tableau. Mais je préfère laisser cette question au second plan, parce que finalement, ce qui compte ici c’est très certainement ce qui entoure l’homme et non son identité.