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L'Île des morts (2ème version)

L'Île des morts (2ème version)

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À propos de l'œuvre

L'artiste derrière Lîle des morts a peint cinq versions de ce tableau entre 1880 et 1886. Personne ne lui avait commandé la première, il l’a créée pour lui-même. Sans titre au départ. Il ne lui en a jamais donné d'ailleurs. C’est le marchand qui a baptisé l’œuvre “L’Île des Morts” pour la vendre. Arnold Böcklin, le peintre, l’a accepté sans enthousiasme.

Depuis, ce tableau obsède l’Europe comme peu d’images l’ont fait. Freud en possède une copie, Hitler aussi, Lénine également Rachmaninov en compose une suite symphonique. Une île de rochers, un charon, un cercueil blanc. L’image a touché quelque chose que personne ne sait vraiment nommer. J'ai l'impression de l'avoir déjà vue en rêve ... Pas vous ?

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La vision de la veuve

Cette version-ci n'existe que parce qu'une femme en deuil a poussé la porte du bon atelier au bon moment. En avril 1880, à Florence, une jeune veuve nommée Marie Berna rend visite au peintre Arnold Böcklin dans son atelier de travail. Sur un chevalet, elle aperçoit une première Île des morts, encore inachevée. Le choc est immédiat. Elle lui demande de lui peindre, à elle, elle veut « une image pour rêver ».

Böcklin exécute alors cette seconde version, plus petite, sur bois. A la demande de sa cliente il ajoute deux éléments qui ne figuraient pas au départ sur le tableau : un cercueil, posé dans la barque, et la silhouette blanche qui se tient droite devant lui.

Il se trouve que Marie Berna avait perdu son mari des années plus tôt. Elle trouve ici le moyen de lui rendre hommage et de se représenter elle même en train de l'amener paisiblement vers l'au delà. Sans le savoir, elle vient de dicter au peintre le cœur de son propre tableau. Le motif le plus reproduit de tout le Symbolisme est né de la commande d'une femme qui voulait simplement un endroit où loger sa peine.

Le faux titre

Le titre sous lequel le monde entier connaît ce tableau ne vient même pas de l'artiste qui l'a peint. Arnold Böcklin restait délibérément vague. Il parlait d'un « tableau pour rêver », d'une image qui devrait produire « un tel silence qu'on serait effrayé par un coup frappé à la porte ». Ilne voulait pas vraiment lui donner de nom définitif. Le mystère lui tenait à coeur.

C'est un marchand, Fritz Gurlitt, qui colle l'étiquette Die Toteninsel (L'Île des morts) au tableau en 1883, pour pouvoir le vendre.

Trois mots bien choisis par un commerçant ont donc figé pour toujours ce que le peintre voulait laisser ouvert. Böcklin voulait qu'on rêve. On nous a donné une légende à la place. Après, je ne sais pas ce que vous en pensez, mais je le trouve excellent ce titre. Est ce qu'on aurait vraiment pu trouver mieux ?

Qui est la silhouette blanche ?

Debout dans la barque, face au cercueil, on voit une forme drapée de blanc, debout dans une attitude si rigiide qu'elle parait inhumaine. Tout le monde a une théorie sur cette figure étrange. Ce serait Charon, le passeur mythologique des morts sur le Styx. Ou alors l'âme du mort. Peut être que c'est le mort lui-même, dressé une dernière fois devant son destin. C'est la veuve en deuil. C'est nous. Qui sait ?

Böcklin n'a jamais dit. Et cette version est précisément celle où la figure apparaît pour la première fois, ajoutée pour une veuve, sans mode d'emploi. Ce blanc au milieu du sombre attire l'œil comme un aimant et ne répond à aucune question. Est-ce celui qu'on enterre, ou celui qui reste ? Celui qui part, ou celui qui regarde partir ?

L'intelligence du deuil

Il y a quelque chose qu'on comprend mal aujourd'hui, dans notre modernité terrifiée par la mort.

Une femme frappée par le deuil n'a pas demandé au peintre une image de consolation lumineuse, un ciel, un ange, une promesse de retrouvailles ou toute autre image réconfortante. Elle a été attirée par une île de tombeaux, une barque et un cercueil.

On a tendance à croire que face à la mort on veut être rassuré, voir même distrait, il faut détourner son attention de cette inévitable compagne de la vie. La veuve Marie Berna, à travers ce tableau prouve que l'inverse peut aussi etre souhaitable.

Ce qu'elle voulait accrocher à son mur, c'était l'endroit même de la perte, et surtout pouvoir le contempler dans le calme de son quotidien. Il y a dans ce désir une intelligence du chagrin qu'on a un peu oubliée à l'époque des deuils rapides et des émotions qu'on préfère éviter.

Pour aller plus loin

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Il reste plein de choses à dire sur cette œuvre qui ne tiennent pas sur une fiche produit. Voilà le genre de choses que je creuse régulièrement dans ma newsletter :

  • Les cinq autres îles, et ce qui change de l'une à l'autre.
  • Comment la plus 'allemande' des peintures a atterri à New York.
  • Ce que Marie Berna a fait du tableau jusqu'à la fin de sa vie.
  • Le meilleur livre à lire devant ce tableau

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