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Iris

Iris

mai 1889
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À propos de l'œuvre

Van Gogh a peint les Iris dans les premières semaines de son séjour à l’asile de Saint-Rémy, en mai 1889. Il venait d’arriver, il n’avait pas encore le droit de sortir seul. Le jardin de l’asile était son territoire. Et c'est dans ce jardin qu'il a trouvé son sujet : des iris sauvages.

Il les a peints comme d’autres auraient écrit dans un journal intime. Une sorte de nécessité pour ne pas perdre pied. Le geste de peindre, ici, est le seul rempart qu’il avait contre la crise. Il ne se doutait surement pas que ça finirait en chef d'œuvre. 

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Le jardin paratonnerre

Quand Van Gogh arrive à l'asile, les médecins l'accueillent prudemment. Ses crises ont été graves et imprévisibles. Ils lui accordent l'usage du jardin le jour, mais pas de sortie non accompagnée. Alors ce jardin de quelques hectares devient son monde entier.

Il l'explore avec la minutie obsessionnelle qui le caractérise en tant que peintre naturaliste qui se respecte. Les fleurs, les herbes, les insectes, la lumière à différentes heures. Il peint les iris, les roses, les lys, les marguerites. Une sorte de cartographie de son unique espace de liberté. Chaque tableau de ces premières semaines d'internement est un territoire reconquis sur son esprit malade.

Van Gogh décrira la peinture dans ses lettres comme « le paratonnerre de ma maladie ». J'aime bien cette formulation. L'image mentale est saisissante. Un dispositif pour faire passer la décharge, détourner vers la toile ce qui menace de le foudroyer de l'intérieur.

Les Iris sont le premier grand tableau de cette période. Il les a peints juste après son arrivée, alors que les crises étaient encore toutes fraîches dans sa mémoire. La profusion des fleurs, la densité du tableau, les bleus et violets qui saturent la toile, c'est une réponse à l'anxiété par la surabondance. Enfin peut être que je sur interprète et que ce sont juste de belles fleurs.

Ces fleurs ne sont pas bleues

Les iris de ce tableau sont bleus. Mais ils ne devraient pas. À lo'rigine, Van Gogh les a peints violets. Le 9 mai 1889, il écrit à Theo qu'il travaille à des « iris violets ». Des années plus tard le critique Félix Fénéon parle encore des « taches violettes » des fleurs. Le violet a déjà disparu, il n'en reste que des vestiges.


L'explication tient à un pigment, la laque de géranium, que Van Gogh mélangeait à ses bleus pour obtenir le pourpre. Ce rouge est extrêmement fragile à la lumière. En un peu plus d'un siècle, il s'est éteint, ne laissant que la composante bleue en dessous. Les scientifiques du Getty l'ont confirmé en passant la toile aux rayons X et en prélevant des coupes microscopiques : sous le bleu de surface, le violet d'origine est toujours là, fané.


Autrement dit, la lumière des salles d'exposition a lentement repeint le tableau à la place de l'artiste. Ce que des millions de visiteurs admirent comme l'« accord bleu et vert » de Van Gogh est le résultat d'une couleur morte dans un accident chimique.

En fait on contemple une toile de Van Gogh que Vincent ne reconnaîtrait pas lui même. C'est gênant pour l'idée qu'on se fait d'un tableau comme objet fixe et immortel. Une peinture, ça vieillit. Ça trahit même son auteur. Pas de risque avec les reproductions Melanchromia, promis.

Son nom est Bond

Le 11 novembre 1987, les Iris partent aux enchères pour 53,9 millions de dollars. Record absolu pour un tableau à l'époque. L'acheteur est Alan Bond, un financier australien.


Sauf qu'il y a un détail qu'on n'a appris qu'après. Sotheby's, la maison de vente, avait elle-même prêté à Bond environ 27 millions, la moitié du prix, en prenant le tableau comme garantie. En gros la maison qui organise la vente finance l'acheteur avec l'objet vendu en gage. Les critiques se déchainent et parlent de vente manipulée, de record artificiel et d'un marché gonflé à crédit pour fabriquer un chiffre qui ferait la une.


La suite leur a donné raison : Bond n'a jamais pu payer. En 1990, étranglé par ses dettes, il cède la toile au musée Getty de Los Angeles, pour une somme tenue secrète.

Du pin et des jeux

En 2024, des conservateurs du Getty ont repéré quelque chose d'inattendu emprisonné dans la matière même de la toile : un petit cône de pollen de pin, tombé là pendant que la peinture était encore fraîche, et figé depuis dans la pâte. Vous pouvez le voir au milieu de la toile en bas dans la représentation du sol terreux.

Ce déchet botanique minuscule confirme que Van Gogh a bien peint ce tableau en extérieur, dans le jardin de l'asile surement sous les arbres. Un grain de nature accidentel, devenu pièce à conviction cent trente-cinq ans plus tard.


Je trouve ça vertigineux, et révélateur de notre époque. On scanne, on radiographie, on passe tout à je ne sais quel spectromètre pour analyser chaque millimètre carré d'une surface peinte par un homme qui peignait juste pour oublier sa maladie. La toile est devenue une scène de crime qu'on ne cesse de réexaminer. Reste une question que la science ne touchera jamais (enfin quoi que on n'arrête pas le progrès comme ils disent !) : à force de tout disséquer, de tout dater, de tout reconstituer, est-ce qu'on se rapproche vraiment de ce que cet homme ressentait ce matin-là dans le jardin ?

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