Si vous regardez attentivement tout en bas à droite du tableau, vous allez reconnaître Baudelaire, assis, complètement absorbé par son livre. Courbet l'a placé parmi ses amis et les écrivains qui l'accompagnent dans sa vie artistique.
Mais regardez juste à côté de lui.
Il y a une silhouette à peine visible, complètement effacée… ou plutôt, si l’on veut être précis : en train de réapparaître.
Cette femme, c'est Jeanne Duval, la compagne de Baudelaire et l'une des grandes figures de sa vie.
Courbet l'avait représentée à côté du poète, puis elle a été recouverte de peinture. Différents documents d’historiens indiquent que cette disparition serait liée à la demande de Baudelaire, après une nouvelle rupture entre les deux amants.
Alors, pendant des décennies, Jeanne disparaît presque complètement. Puis le temps fit son œuvre. Les vernis vieillissent, les couches deviennent plus transparentes et, peu à peu, sa silhouette réapparaît.
Je trouve que cette anecdote est une belle métaphore de la vie de Jeanne Duval.
Longtemps restée dans l'ombre de Baudelaire. Leur relation, faite de séparations, de retrouvailles et de conflits, a pourtant profondément marqué le poète, qui lui consacre notamment plusieurs poèmes des Fleurs du mal, dont « Parfum exotique », « La Chevelure » ou encore « Le Serpent qui danse ».
Sans jamais être citée pour autant. Une nouvelle femme invisibilisée que la peinture a décidé de révéler en vieillissant.