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Le Bois Sacré

Le Bois Sacré

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À propos de l'œuvre

En 1882, pendant que tout le Paris artistique s'émerveille devant les nénuphars et les gares enfumées des impressionnistes, Arnold Böcklin peint des silhouettes en robe blanche qui s'avancent vers un autel de pierre au fond d'une forêt.

Personne ne lui a demandé. Le marché ne veut pas de ça. Et pourtant cette image d'une cérémonie religieuse sans nom dans un bois hors du temps va obséder la bourgeoisie allemande pendant 20 ans. Peut-être justement parce qu'elle met le doigt sur quelque chose que cette bourgeoisie est en train de perdre. 

Le titre indique "Le Bois Sacré". Mais quel Dieu est à l'honneur selon vous ?

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La religion inconnue

Posez la question la plus simple devant ce tableau : quel culte ? quelle époque ? Vous ne trouverez pas la réponse, et ce n'est pas un oubli.

Une procession de silhouettes en robe blanche, un autel de pierre, une fumée qui monte d'un feu, un temple antique entre les arbres. Tous les signes du sacré sont réunis, sauf qu'il n'y a aucun indice qui permettrait de nommer la religion.

Arnold Böcklin brouille volontairement les pises. Il mêle une architecture classique avec des gestes de prière qui n'appartiennent à aucun culte aux règles établis, le tout dans un décor hors du temps.

En fait, il ne peint pas vraiment une religion ou une croyance mais il peint l'action de croire en quelque chose. Le moment où des humains se courbent devant quelque chose de plus grand qu'eux. C'est un rituel que des générations d'homme éxécutent depuis la nuit des temps quelque soit l'entité céleste qu'ils célèbrent.

Selon moi c'est là le vrai sujet du tableau. L'identité de la figure divine n'importe peu. Au regard de l'histoire de l'humanité non plus. Mais pourquoi l'Homme a tant besoin d'elle ?

Le temple naturel

On pourrait croire que le sujet de ce tableau est la procession. Mais c'est une erreur. Les fidèles occupent une mince bande en bas de la toile. Tout le reste, l'écrasante majorité de l'image , est occupé par les arbres.

De grands troncs qui montent hors du cadre et une masse végétale qui réduit les silhouettes à la taille de petites figurines. Les arbres s'alignent comme les piliers d'un temple avec leurs branches qui referment l'espace comme un plafond de cathédrale.

Le petit temple qu'on aperçoit au loin derrière la forêt arrive presque comme un intrus. C'est une construction humaine inutile dans un sanctuaire que personne n'avait eu besoin de bâtir. Les Romains avaient un mot pour ça : le lucus, le bois sacré. Cela consiste en un espace protégé où couper un arbre relevait du sacrilège. C'était le lieu de résidence des dieux de la Nature, sauvages et indomptables, dont le culte ne pouvait se faire dans des batiments construits par l'Homme.

Nous, hommes modernes, on a fait l'inverse. On a tout rasé, exploité, délimité et numéroté. Et on s'étonne aujourd'hui de voir des gens payer des fortunes pour s'isoler à la montagne et aller marcher lentement entre les arbres en espérant y ressentir quelque chose qu'ils ne savent pas nommer. C'est le fantôme du lucus qui remonte.

Le même silence que L'Île des morts

Ce tableau partage avec L'Île des morts la même obsession : peindre un lieu qui précède la civilisation, un espace où le temps s'est arrêté avant que les hommes ne viennent tout catégoriser.

Les cyprès d'un côté, les chênes de l'autre ont la même fonction d'écrasement par la verticalité. Les 2 paysages véhiculent la même ambiance étange pesante et silencieuse à la fois.

Arnold Böcklin a passé les 20 dernières années de sa vie à peindre des endroits qui se situent dans une sorte de monde parallèle, entre la vie et la mort. Des endroits où l'on entre curieux et ou on ressort changé.

Un peintre démodé

Arnold Böcklin en 1882, c'est un Suisse de 55 ans qui vit en Italie, qui a une famille nombreuse à nourrir et des finances toujours au bord du gouffre.

Il n'est ni impressionniste (à la mode à l'époque), ni académique (toujours pratique pour se faire unnom), ni vraiment quoi que ce soit que son époque sache nommer. Le critique Julius Meier-Graefe le traite de peintre de "théâtre allemand" (le genre de compliment qui enterre une carrière).

Ses tableaux montrent des faunes, des nymphes, des tritons, des bois sacrés ... En d'autres termes, un vocabulaire mythologique que le monde de l'art parisien considère déjà comme périmé.

Pourtant Bocklin s'obstine et, avec le temps, ça finit par payer. Parce que ce vocabulaire démodé finit par trouver son public au sein de la bourgeoisie des villes allemandes en pleine expansion industrielle. Böcklin peint ce que ces gens sont en train de perdre, et ils le sentent sans pouvoir le formuler.

Pour aller plus loin

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  • Le lucus romain
  • La fin de vie tragique de Bocklin
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