Lorsque le tableau est exposé en 1855, les critiques s’amusent d’une formule restée célèbre : « La Fortune saluant le Génie. »
La Fortune ici, c'est Alfred Bruyas, riche collectionneur, mécène de ce tableau. Le Génie bien sûr, c'est Courbet.
Mais si les critiques rigolent de cette situation c’est que sur le tableau, tout semble inversé.
À gauche, c’est Alfred Bruyas, le riche protecteur, qui se découvre la tête, chapeau à la main avec le corps légèrement incliné dans une posture de révérence, tandis que son domestique baisse la tête. On a l’impression que même le chien se fait discret !
À droite, Courbet, lui, se tient droit comme un piquet, barbe en avant, bâton de marche à la main, la tête haute, saluant à peine. Rien n'est laissé au hasard, jusqu'à son ombre, la plus longue et la plus affirmée de la composition.
Dans la peinture du XIXe siècle, on réservait ce genre de mise en scène solennelle aux saints, aux rois ou aux grands hommes de l'Histoire.
Courbet ici se l'applique à lui même dans une situation où il n’a pas du tout l’ascendant que ce soit en terme de statut ou de classe sociale. C’est lui qui devrait s’incliner devant son bienfaiteur dans une posture de reconnaissance.
Mais finalement, celui qui paye s'efface devant celui qu'il finance.
Pour beaucoup, c'est une immense démonsration d’orgueil…
Et pourtant, Bruyas ne semble jamais s'en être offensé. Il continue de soutenir Courbet et finira même par offrir le tableau au musée Fabre de Montpellier.
Les critiques voyaient un mécène humilié. Bruyas voyait peut-être simplement un artiste libre…
Comme quoi parfois, on aime s’indigner à la place des autres.