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Jeune Homme nu assis au bord de la mer

Jeune Homme nu assis au bord de la mer

Hippolyte Flandrin

1836
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À propos de l'œuvre

Ce tableau est un exercice d'école envoyé depuis la Villa Médicis pour cocher une case du règlement. Hippolyte Flandrin ne savait pas qu'il venait de peindre la seule œuvre qu'on retiendrait de lui. Ses grandes fresques d'église, tous ses portraits officiels, tout a été oublié. Ce qui reste c'est ce corps replié sur lui-même, fermé au monde, face à une mer immense.

Aucun visage ou repère historique, c'est ce qui donne libre cours à l'interprétation et surtout c'est ce qui permet à tout le monde de s'identifier à cette figure tragique. Qui n'a pas jamais ressenti de moments de profonde détresse et de vulnérabilité ? Ce tableau dit quelque chose sur notre besoin de se replier et de fermer les yeux devant l'immensité au lieu de l'affronter. C'est cette tension entre l'homme et le vide qui en fait l'une des pièces les plus justes de notre collection Le Vertige du Moi

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Le succès involontaire

Hippolyte Flandrin n'a jamais voulu faire un grand tableau avec ça. Ce n'était rien de plus qu'un exercice imposé, une figure d'étude à la manière du Désespéré.

Tout juste Lauréat du Prix de Rome en 1832, il séjourne à la Villa Médicis et doit, comme tous les pensionnaires, envoyer régulièrement à Paris des travaux pour prouver qu'il progresse. Cette figure d'un jeune homme nu au bord de l'eau fait partie de ces envois académiques, expédiée en 1837 pour cocher une case du règlement.


Or c'est précisément cette étude qui va devenir l'œuvre la plus célèbre de toute sa vie. Flandrin a pourtant fait une belle carrière officielle : d'immenses décors religieux, des fresques d'église, des portraits en vue. On a presque tout oublié. Ce qui reste, ce qui se reproduit à l'infini, ce qui porte son nom jusqu'à nous, ce qui apparait aujourd'hui en boutique Melanchromia, c'est le petit exercice qu'il n'avait pas jugé digne d'être une œuvre.

Napoléon III finira même par l'acheter, en 1857. La copie d'atelier d'un élève est devenue le tableau d'un maître.

Tout le monde et personne

Le secret de cette image tient dans une figure géométrique : le cercle. Le jeune homme a replié ses jambes contre sa poitrine, enroulé ses bras autour, posé son front sur ses genoux, fermé les yeux. Le corps ne s'ouvre sur rien. Il se boucle sur lui-même, en un ovale presque parfait, une boule close au bord d'une mer immense.


Tout, dans ce choix, travaille contre le sujet habituel du nu. Normalement dans un nu, il y a un geste, un corps visible, au moins un visage. Ici, Flandrin retire à sa figure toute identité, on ne sait ni qui est ce garçon, ni quand, ni pourquoi. Il ne reste qu'une pure forme humaine repliée face à l'infini. Et c'est ce dépouillement qui fait la force du tableau : parce qu'il n'est personne en particulier, il peut être n'importe qui. Le corps fermé devient un miroir où chacun projette sa propre solitude.

Une icone homoérotique

Tout au long des XIXe et XXe siècles, cette figure est devenue une véritable icône de l'iconographie homoérotique reprise et rejouée. Le pionnier de la photographie Wilhelm von Gloeden en a fait rejouer la pose exacte, F. Holland Day l'a citée, et plus tard Andy Warhol comme Robert Mapplethorpe s'en sont emparés. L'artiste Claude Cahun a adopté la même position pour brouiller les genres.


L'académie voulait un exercice neutre sur l'anatomie masculine. Elle a produit, sans le vouloir, l'une des images les plus durablement désirables de l'art occidental. C'est le destin ironique de bien des nus « purement scolaires » : à force d'idéaliser le corps, ils finissent par le charger d'un érotisme que leurs auteurs prétendaient ignorer. Le garçon replié de Flandrin a échappé à l'école pour devenir, malgré elle, un objet de culte et de reproduction sans fin.

Le repli volontaire

La mer est le symbole de l'ouverture maximale sur l'immensité, c'est ce qu'on aime contempler le syeux dans le vague qui se perdent sur la ligne d'horizon en songeant au lointain. Pourtant ce jeune homme fait le choix inverse : il se referme. Il tourne son corps vers l'intérieur, ferme les yeux, et s'enferme dans sa propre bulle au moment précis où le monde s'offre le plus largement à lui.


On peut y lire la mélancolie romantique, le repli sur soi même ou le désespoir le plus total qui ne peut même faiblir devant la beauté de la Nature. Mais on peut aussi y lire quelque chose de plus doux : un instant de retrait volontaire, une plongée en soi même pour ressentir une solitue volontaire devant l'élément le plus indomptable de notre planète.

À une époque où l'on est constamment connecté, exposé, tourné en permanence vers l'extérieur et son flux, cette figure qui se recroqueville en silence au bord de l'eau a quelque chose de séduisant. Que regarde celui qui ferme les yeux devant l'infini ?

Pour aller plus loin

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  • Ce que Flandrin a peint le reste de sa vie, et qu'on a oublié.
  • Le Prix de Rome : comment on fabriquait un peintre officiel au XIXe siècle.
  • Le meilleur livre à lire devant ce tableau

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